1-Salut Maïli, peux-tu te présenter stp histoire de te connaitre un peu mieux ?

Salut ! Je m’appelle Maïli Tahar, je suis née le 17 septembre 1996 à Chambéry dans les Alpes et je vis aujourd’hui avec mes parents et mes deux petites soeurs, Inaëe et Moëna, à Hossegor toute l’année, contrairement à mes 10 premières années où l’on vivait l’hiver à la montagne (j’y ai attrapé le virus de la glisse avec le snowboard et le ski freeride dans des pentes vierges) et le reste de l’année dans les Landes donc. La rentrée prochaine je rentre en 1ère ES (économique et social) au lycée de Tyrosse, et oui ça commence à devenir sérieux…

Elevée dans l’esprit du surf par mon père et ma mère, j’ai débutée le surf à l’âge de 5 ans au Hossegor Surf Club où je continue toujours à m’entraîner d’ailleurs, mais en SUP maintenant !

 

2-Pourquoi avoir choisi le Stand up paddle plutôt que le surf tout court ?

Ce qui me plaît dans le SUP, c’est la diversité, tu peux surfer 30 cm comme 2m ou plus, même s’il est vrai que dans les petites vagues c’est plus difficile, mais tu as toujours moyen de t’exprimer. T’as des sensations uniques. Puis, si tu ne peux pas aller à l’océan tu peux toujours ramer au lac histoire de te dépenser. En shortboard ou en longboard, je ne vais pas dans du plus d’un mètre parce que je ne suis plus à l’aise et le plaisir est gâché, alors qu’en SUP je passe au dessus de ça, je peux être dans l’eau sans avoir peur, sur la planche je me sens en sécurité, même si tu as toujours moyen de te mettre des bons coups de flip, ahah !…

Alors oui bien sûr, les surfeuses sont plus médiatisées que nous, mais la médiatisation étant moins importante que la passion, j’ai choisi de suivre ma passion, sans elle tu ne peux réussir quoi que ce soit, et c’est cette passion qui me fait avancer, être médiatisée ce n’est que du bonus, du bonus qui te permet d’aller plus loin. Le SUP lui, commence à être de plus en plus connu, même si je me retrouve encore à expliquer en quoi cela consiste à quelques personnes, lool… La première fois que j’ai essayé c’était il y a 2 ans, cela faisait une semaine, voir plus, qu’il n’y avait plus de vagues, alors mon papa s’est acheté un Stand up de 10 pieds ou plus, un truc de 20 kg sans poignée, le genre de tronc où il faut être 2 pour le soulever ! A vrai dire les premières fois, je n’étais pas convaincue, c’était galère à bouger, je finissais avec pleins de bleus et 5 vagues en 2h, ahah… Puis je me suis acharnée, j’ai eu le droit à un SUP plus adapté, et l’été suivant je me suis entraînée à fond, ainsi que l’hiver, première fois que je surfais l’hiver dans les Landes, ça a fini par me convaincre. Et surtout l’esprit du Stand up paddle est différent de celui du surf, tout le monde se dit bonjour, c’est convivial, ça reste plus une façon de vivre et de penser qu’autre chose, la compétition est un plus qui permet de se retrouver et de se mesurer aux autres, c’est un défi, est les défis en SUP, j’aime ça !

J’ai quelques modèles en la matière, à commencer par Antoine Delpero, c’est un véritable waterman, son style est incroyable et le voir évoluer sur des vagues en live est un vrai show ! Il y a aussi Zane Kekoa Schweitzer, un vrai coup de foudre et Kai Lenny bien sûr. Ce que j’aime voir c’est de la radicalité et de la fluidité, le bon dosage entre les deux c’est juste beau.

 

3-Quel est type de vagues te conviens le mieux ?

Ça dépend de mon humeur,  j’affectionne tout particulièrement les petites vagues de plus d’un mètre qui ouvrent mais aussi qui creusent sur un plan d’eau parfait. Je ne suis pas difficile je m’efforce d’aller dans toutes les conditions possibles car pendant les compétitions on a rarement des conditions de rêves !

La plus grosse vague que j’ai prise devait faire plus de 2 mètres, c’était à la Nord, et je m’en souviendrais toute ma vie, de l’instant où j’ai fait un caprice pour y aller malgré les mises en garde de mon père (je ne me rendais pas compte de la taille…) jusqu’au moment où je suis sortie de la vague et que j’ai mangé le reste de la série… d’ailleurs j’ai eu de la chance, on s’est rendu compte que j’avais pris un bout de bois dans le tail qui était dans un état pas possible, les ailerons étaient cassés net et un boitier était arraché, mais ça restera comme une de mes plus belles sessions !

J’aime beaucoup la droite des Bourdaines, elle est longue et ouvre bien et se finit même par un bol au bord, il y a aussi les vagues au large du prévent qui sont cools. Mais pour moi la vague parfaite reste la Nord, même si elle n’a pas beaucoup marché cet hiver chaque fois que je la vois dérouler j’y cours, après si ça devient trop gros je préfère rester prudente et regarder du bord !

 

4-Tu avais fais seconde à la coupe de France de Lacanau en juillet dernier, là tu viens tout juste de remporter celle de Biscarosse, quel est le secret de ton succès Maïli ?

Je vais t’avouer que j’ai pleuré à l’eau à Lacanau, les conditions étaient vraiment affreuses, la première fois j’avais mis 25 mn à passer la barre, ça m’avait fait craquer parce que c’était éprouvant physiquement et mentalement. Pendant la finale, Doud m’a bien conseillé et j’ai eu de la chance de passer la barre la première en seulement un quart d’heure… c’était dur et je n’osais pas terminer mes vagues de peur de devoir la repasser !

A Biscarrosse ce fut complètement l’inverse ! Le samedi je me suis entraînée mais je n’arrivais pas à surfer normalement, je me suis battue pendant 3h et ce n’était vraiment pas productif, je me suis fait mal à la cheville et j’ai cassé l’écran de mon portable en rangeant mon matériel, la poisse en gros… Malgré tout, le soir j’y suis retournée et Doud m’a encore conseillée. Le dimanche je stressais vraiment alors je suis allée me détendre à l’eau où j’ai assez bien surfé, même si les vagues étaient minuscules. Dix minutes avant la série, je me suis échauffée, j’ai demandé quelques conseils à Antoine, puis Doud (et oui encore et toujours lui, ahah) m’a accompagné au bord pour peaufiner les derniers petits détails. Pendant la série j’ai fais abstraction de tout et je me suis concentrée pour essayer de donner le meilleur de moi.

Niveau entraînement je me fais coacher par…Doud, 2 fois par semaine on court, on fait des abdos, des pompes, du TRX, de l’indoboard et d’autres exercices encore… C’est assez éprouvant, le plus dur ce sont les fractionnés (30s de course tranquille puis 30s de course soutenue, alternées en 8 mn), mais ces sessions nous forcent à se donner à fond et c’est dans des conditions vraiment physiques que l’on se rend compte que c’est super important de s’entraîner sur terre pour pouvoir s’améliorer dans l’eau et se sentir plus en phase avec soi même. Je fais des entraînements de 2h avec le HSC toute la semaine (sauf le vendredi et le dimanche) avec Jérôme et Rogerio, je suis la seule en SUP avec des surfeurs, au début c’était vraiment dur de s’imposer et de prendre des vagues, j’avais l’impression de ne pas être à ma place mais il suffit de persévérer. Si tu n’y crois pas tu peux rester sur le sable, pour apprendre il faut aller à l’eau tout le temps, comprendre tes erreurs et te les faire expliquer, ces entraînements avec Doud et le club sont importants et permettent de progresser plus facilement. En freesurf je garde toujours les conseils en tête, je m’amuse tout en appliquant les conseils reçus.

 

5-Tu n’as que 15 ans, tu dois jongler entre études et entrainement, quels sont tes projets, tes ambitions ?

J’ai commencé le training il y a plusieurs mois, les entrainements avaient lieu chez moi après les cours quand je ne finissais pas trop tard et les entraînements à l’eau avaient lieu avec le HSC le mercredi après-midi et le samedi matin. C’était un peu un challenge pour assurer les devoirs mais pour la rentrée, je suis bien décidée à mieux m’organiser pour pouvoir assurer aussi bien à l’eau qu’au lycée. En plus si je bosse bien mon père m’a promis de m’emmener 2 mois à Hawaii donc il vaut mieux que je m’y mette sérieusement. Pour le moment je ne sais pas trop ce que je veux faire plus tard, j’aime bien les débouchés de l’ES, un métier intéressant qui me permettrait d’aller surfer et d’être heureuse, profiter de la vie ! Mais si je le peux j’aimerais vivre du SUP.

Le 29 et le 30 septembre prochains il y a la dernière coupe de France à l’Île d’Oléron et du 26 octobre au 3 novembre ce sera le championnat de France à Anglet, je vais m’entraîner comme il le faut pour ces deux compétitions et tout faire pour faire de bons résultats, et maintenir mon niveau aux 1ères places, même si c’est beaucoup de travail.

Je suis consciente que les meilleurs sont passés par des entraînements longs et difficiles mais quand on aime ce que l’on fait, rien n’est impossible.

Ça me plairait énormément de faire partie de l’équipe de France, si un jour il y a des places pour les filles en SUP, et après, gagner un titre mondial serait la chose la plus parfaite qui puisse m’arriver, comme une sorte d’accomplissement personnel en fait ! Et comme je déteste baisser les bras je ferai tout ce que je peux pour atteindre le meilleur niveau possible tout en ayant de bons résultats en cours.

Victoire à la Coupe de France de Biscarosse

 

6-As-tu déjà eu la chance de t’exercer sur d’autres vagues autour du globe ?

Quand j’étais petite on allait souvent surfer au Maroc on se déplaçait sur toute la côte et on s’arrêtait parfois à Taghazout, puis en 2008/2009 j’ai vécu 9 mois à l’Île de la Réunion ce qui m’a énormément fait progresser en surf et en longboard, puis l’Île Maurice et les Seychelles. Février dernier je suis partie au Panama avec mon père, on devait faire un SUPtrip mais on n’a jamais reçu nos boards, enfin si quand on est rentrés à la maison… Le bon côté c’est que l’on a réussi à avoir des planches et ça m’a permis de me remettre au longboard même si ce n’est pas toujours ça. Pour les coupes de France on a pas mal bougé (Saint Gilles Croixde Vie, Lacanau, Biscarrosse) ce qui m’a permis de découvrir d’autres vagues en France, après de temps en temps je descends dans le pays Basque comme à  Hendaye.

J’adorerais aller aux Maldives, à ce que j’ai entendu dire ce n’est pas mal du tout, l’Inde, l’Indonésie, l’Australie, l’Afrique du sud, la Polynésie française, toutes ces destinations sont bien connues mais ce serait vraiment génial si je pouvais y aller, et puis pourquoi pas un tour du monde à la recherche des vagues vierges ! Les types de vagues, peu m’importe, j’ai envie de découvrir d’autres spots, voir ailleurs, je pense qu’en surf il faut bouger de temps en temps. Après nous avons la chance d’avoir des vagues tout aussi incroyables ici dans les Landes.

Normalement si je bosse bien en cours j’aurais donc droit à ce trip à Hawaii, ça me permettrait de progresser et de vivre un rêve pendant 2 mois !

 

7-Maïli, c’est déjà bien parti pour toi, mais nous te souhaitons malgré tout que tu continues encore longtemps sur cette bonne voie, et je te laisse le dernier mot avant de nous quitter !

Merci beaucoup à toi et XLMag, je vais remercier aussi ma famille et surtout mon père qui m’emmène partout, mes amis qui m’encouragent et me poussent, merci à Jérôme Barets et au HSC, ainsi qu’aux profs vraiment supers qui nous entraînent, à Doud qui m’a permis de progresser énormément en peu de temps et sans qui je n’en serai pas là aujourd’hui, et un très gros merci à mon sponsor Bonz Supboards de Phillipe Moreau et Antoine Delpero !

 

Crédits photos : ©Stéphane Bécret / ©Laurent Masurel / ©Benjamin Simon / ©Nathalie Champagne / © Juliette Encinas /©Jean-Edouard Marie

[nggallery id=83]