Justine Geisler, triple championne de France de Pitbike, s’est tout fraîchement installée dans les Landes sur la commune de Soustons. XLMag n’a pas laissé passer l’occasion et lui a donné rendez-vous sur son nouveau secret spot, un circuit privé perdu au milieu du 40, entre Tyrosse et Peyrehorade, même si vous trouvez, il vous faudra montrer patte blanche à « Bijou », c’est pas gagné. Nous en tout cas, nous avons eu droit à notre carton d’invitation, et Justine, après sa séance d’entraînement, a accepté de répondre à nos questions, enjoy !
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Justine Geisler

 

#1  Bonjour Justine, comme la tradition le veut, je te le laisse te présenter en quelques lignes avant de mettre les gaz en grand !

Bonjour ! Je m’appelle  Justine Geisler, je suis née le 2 septembre 1987 à Sens, en région Bourgogne.
Après avoir pratiqué quelques années le Motocross et l’Enduro, je me suis mise au Pitbike il y a déjà 6ans. Ce sont toutes des discipline dites « moto tout-terrain », il faut dire que je suis issue d’une famille de passionnées depuis 3 générations, il m’aurait donc été difficile de passer à côté… on m’a mise sur une moto à l’âge de 5 ans comme la plupart de mes cousins et cousines et, pour ma part, je n’en suis jamais vraiment redescendue ! Le Pitbike est donc ma discipline principale puisque je participe aux différents championnats nationaux et internationaux.

#2  Justine, tu as donc récemment atterri à Soustons, pourquoi avoir choisi les Landes et pourquoi ce nouveau départ ?
Effectivement, je suis arrivée à Soustons début mars avec mon petit ami et mes deux chiens. Originaire d’une région peu ou pas dynamique du point de vue des sports que j’aime et que je pratique, j’ai eu envie de tout plaquer pour venir vivre ici où l’état d’esprit est vraiment plus proche de moi  et de ma façon de vivre. Je suis venue de nombreuses fois en vacances sur Hossegor mais les 4 semaines de rééducation que j’ai passé au CERS de Capbreton, hors saison estivale, suite à une blessure en moto, m’ont confortées dans mon idée. L’océan, la montagne pas loin et tout simplement l’attitude des gens m’ont vraiment séduite ! Quant au choix de Soustons plus précisément, c’est tout simplement parce que d’un point de vue sportif, les infrastructures sont au top et on sent que la municipalité s’investit de ce côté là. J’ai eu la chance de trouver une maison tout près du lac et je n’ai pas hésité bien longtemps. De plus, je suis jeune alors c’était maintenant ou jamais…

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Justine sur le fameux circuit de « Bijou » bien caché quelque part dans le 40

 

Mon objectif est de rester la première féminine mais je me bat également de la même façon contre les garçons. Justine Geisler

 

 #3  Tu roules en PitBike, qu’est-ce qui a fait que tu n’as pas basculé vers le Motocross ?
En fait, j’ai justement commencé par le motocross quand j’étais haute comme trois pommes. Il faut dire que de toute façon, le Pitbike n’existait pas à cette époque puisque c’est une discipline beaucoup plus récente. J’ai donc fait quelques années de motocross et d’enduro sur des motos « classiques ». J’ai commencé sur des motos adaptées aux enfants (50cm3) puis j’ai évolué au fur et à mesure des années sur un 65cm3 puis un 125cm3. Ce n’est que fin 2006 que j’ai découvert le Pitbike par le biais de mon frère qui m’a poussé à essayer. J’ai tout de suite accroché. J’ai trouvé ça plus maniable que le motocross, plus fun et je me suis sentie tout de suite à l’aise. C’est ce qui fait qu’elle est devenue ma discipline de prédilection.

 Pour expliquer brièvement à quoi cela correspond, ce sont des motos plus petites que les motos de cross classiques mais qui fonctionnent de la même façon. Les cylindrées oscillent entre 88cm3 et 190cm3 et la discipline se pratique sur les mêmes pistes que le motocross, avec un parcours légèrement réadapté. Il s’agit vraiment de « mini motocross » avec les mêmes caractéristiques.
Au départ, le pitbike a souffert d’une mauvaise image car les motos étaient très peu fiables. Mais aujourd’hui, un championnat de France a été créée sous l’égide de la Fédération française de motocyclisme et les différents constructeurs ont beaucoup travaillé pour fiabiliser les motos. Le marché s’est épuré et notre discipline n’a plus à rougir face à n’importe quelle autre.

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Avoir un compagnon qui partage la même passion ça booste !

 

#4  Il n’y a pas beaucoup de féminines en France dans la discipline et donc si j’ai bien compris tu roules avec les hommes, ça se passe bien ou bien ? 

Au jour d’aujourd’hui, on va dire que ça se passe mieux…lol. Mais au début, c’est vrai que j’ai régulièrement souffert du machisme. Disons que beaucoup ne supportent pas de voir une nana  les doubler et se montrer plus rapide. Il m’est arrivée de me faire éjecter de la piste ou percuter plus ou moins violemment par des garçons moins bons mais qui n’admettaient pas me voir devant eux. C’est dommage et ça m’a valu quelques hématomes. Mais je me suis battue contre ça, pour acquérir une image de « pilote » à part entière en dépassant le clivage hommes/femmes. De plus, je ne joue pas du tout à la « fille » sur les terrains. Je veux dire par là que je ne me plains jamais des conditions dans lesquelles on roule, des terrains plus ou moins techniques et je ne joue pas de ma féminité une fois sur la moto.  C’est bien simple, j’ai beau avoir les cheveux longs, je fais en sorte qu’ils ne dépassent pas du casque et j’évite les tenues rose bonbon.  Alors attention, je ne suis pas du tout un garçon manqué et je met un point d’honneur à rester féminine mais je n’en joue pas et je ne veux surtout pas qu’on me considère comme une fille avant de me considérer comme une pilote. Je ne demande pas de faveur, juste du respect. Aujourd’hui, j’ai trouvé ma place et cela se passe super bien. Il m’arrive encore d’entendre des choses drôles du fait que je puisse être devant certains concurrents mais cela devient plus rare heureusement !

 #5  Début Mai, tu étais à Las Vegas, pour l’unique épreuve mondiale de PitBike, j’imagine que d’avoir la possibilité de se mesurer aux Ricaines est plutôt stimulant, raconte-nous stp comment ça se passe là-bas pour toi chaque année…
Oui c’est vrai que c’est une chance incroyable de pouvoir participer chaque année au Minimoto Sx de Las Vegas. C’est vraiment la course de pitbike la plus « prestigieuse » au monde, la course où le niveau est le plus relevé. Les américains sont les meilleurs pilotes de motocross et de supercross au monde, et la règle ne déroge pas en pitbike. Du coup, pouvoir se mesurer aux féminines qui sont des professionnelles et qui vivent de la moto, effectivement c’est très stimulant ! Après avoir scoré une place de septième il y a deux ans et après être devenue la première européenne à monter sur le podium de cette course l’an dernier en terminant troisième, j’ai malheureusement manqué de chance cette année avec la mécanique. Le team pour lequel je roule en France possède du matériel stocké aux Etats-Unis mais la différence entre les motos a été difficile à maîtriser. Pour finir, l’embrayage de ma moto a eu un problème et j’ai passé mon week-end à caler… En finale, je cale une première fois sur la grille de départ, je part bonne dernière et alors que j’étais remontée deuxième, devant la championne de motocross des USA, je cale à nouveau, à un tour de la fin… je termine quatrième. Ça a été difficile à accepter, d’autant que j’ai tenu le 2eme chrono tout au long du week-end…j’aurais donc dû, à nouveau, monter sur le podium mais bon c’est la dure loi des sports mécaniques, ça fait partie du jeu. Je n’ai aucun regret, j’ai tout donné et j’ai, malgré tout, signé une de mes plus belles courses. L’an prochain, je vais organiser mon voyage différemment en faisant envoyer ma propre moto et en emmenant avec moi mon propre mécanicien. Ainsi, je mettrais toutes les chances de mon côté. Néanmoins, cela représente un budget conséquent, c’est  donc à moi de trouver davantage de supports même si j’ai déjà la chance d’avoir des partenaires extraordinaires qui croient en moi, qui font déjà beaucoup en prenant en charge mon billet d’avion, le logement ou encore le véhicule. Ils sont eux aussi, déjà tourné vers 2014, pour une nouvelle participation je l’espère.

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Justine 3ème à Las Vegas en 2012

 

 #6  Quels championnats suis-tu en France ou en Europe peut –être ?
Cette année, en l’absence de catégorie féminine, je roule au milieu des garçons  en catégorie appelée « Amateurs ». Je participe au  championnat de France mais aussi à  une série de courses nocturnes appelées « Championnat Grand Ouest ». Les autres années, nous avions des courses proprement féminines, j’ai ainsi gagné le championnat de France trois années de suite. Cette année, nous sommes dispersées au milieu des garçons car moins nombreuses . Mon objectif est de rester la première féminine mais je me bat également de la même façon contre les garçons. Je ne fais pas de différence entre les deux. Pour le moment, la saison a bien démarrée. J’ai  terminé troisième à l’ouverture du championnat de France et je suis en tête du championnat Grand Ouest au terme de la première épreuve. Quant à un championnat d’Europe, il y a un trophée qui s’est mis en place cette année avec une course en Italie, une en République tchèque et une en Hongrie mais je n’y participe pas, par manque de moyens. C’est compliqué de trouver le budget pour tout faire mais j’espère que l’an prochain, je serai au départ de ces différentes épreuves. D’autant que mon but, petit à petit, est d’aller voir ce qui se fait ailleurs. Le pitbike s’est développé partout en Europe, il existe des championnats nationaux en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, au Portugal ou encore en Russie ! J’ambitionne à long terme, de pouvoir faire une course dans chaque pays afin de rencontrer de nouvelles personnes et en profiter pour voyager un maximum.

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Juju ne confond pas vitesse et précipitation, elle gère les deux à merveille

 #7  Quels autres sports te font vibrer ?
Les sports extrêmes en règle générale m’attirent. La moto tout-terrain sous toutes ses formes tient bien évidemment une place de choix dans mon cœur puisque toute ma famille baigne dans ce milieu. Mais j’aime aussi tout ce qui procure de l’adrénaline. Je suis curieuse de tout et j’aime tester un maximum de choses. Je pratique le BMX, le snowboard et le wakeboard et l’été dernier je me suis mise au surf. Les débuts sont compliqués, je passe plus de temps à boire de l’eau salée qu’à prendre des vagues mais je compte bien persévérer maintenant que j’habite dans LA région dédiée aux sports de glisse. Je compte essayer aussi le Paddleboard, je fais un peu de vélo, un peu de course à pied, j’aime le basket ball…bref j’aime me bouger peu importe la façon de faire !

 #8  Merci Justine, je te le laisse le mot de la fin, en espérant avoir la chance de te revoir rouler très bientôt , comme on dit chez nous, je te dis adishatz !
Merci à vous, à toute l’équipe XL Mag pour cette interview ! J’en profite également pour citer et remercier mes sponsors et partenaires qui me soutiennent et me permettent de pratiquer ce sport dans des conditions optimales : Lebigusa.com, Pitsterpro, Upower, Freegun Underwear, Shot, EKS, Motul, Scratchidesign, Ride Compagnies, France Equipement, O’Cube, Ets Villebenoit Sens, Beach Lifeguard Hossegor et un petit clin d’oeil à « Bijou », il se reconnaîtra.

A bientôt et Adishatz !

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Le Mini Moto SX de Las Vegas c’est un peu comme ça :

Crédits photos : ©Jeff Ruiz (sauf mention)

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