Au ciné, quand Quentin Tarantino présente un film d’un jeune réalisateur jusqu’alors inconnu, on peut d’ores et déjà s’attendre à quelque chose de vraiment bien, en surf c’est un peu pareil lorsque c’est Patrick Beven qui nous vante les mérites d’un jeune surfeur venu tout droit de Corse s’exiler dans les Landes afin de construire son avenir, focus sur Virgile Paillard…

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Virgile, un peu timide, beaucoup talentueux et pas du tout orgueilleux, on adore !

-Salut Virgile, avant de te harceler de questions je vais te laisser 2mn de répit afin de faire les présentations.

Bonjour XLMag, alors j’ai 18 ans, je suis né a Ajaccio, je surfe depuis l’âge de 14 ans en Corse. Pourtant dans ma famille personne ne fait de surf et lorsque j’ai dit à ma mère que je voulais surfer, elle ne savait même pas que l’on pouvait pratiquer cette discipline en Corse. Je réside aujourd’hui dans les Landes et ce depuis le début de l’année, date à laquelle j’avais décidé de venir vivre ici afin de pouvoir faire de ma passion, un métier…

-A quel moment et pourquoi, toi jeune Ajaccien, as-tu décidé, à l’époque, de te mettre au surf ?

Je faisais du bodyboard quand j’avais 11 ans et puis vers l’âge de 14 ans j’ai trouvé une sorte de planche de surf en coque de bateau abandonné sur la plage. Je l’ai essayé et dès la première fois, j’ai réussi à me lever alors qu’il n’y avait même pas d’aileron et j’ai donc décidé de m’acheter ma première planche de surf, une NSP, au Surf Shop Yemanja à Ajaccio où l’on m’a donné beaucoup de bons conseils. Je n’ai jamais pris de cours de surf, j’ai appris seul et à force de persévérance j’ai progressé rapidement. En Corse il n’y a pas de vagues tous les jours et parfois on peut passer plusieurs semaines sans pouvoir surfer, surtout l’été. Ne pouvant pas m’entraîner autant que je l’aurais voulu, j’ai passé beaucoup de temps à regarder le World Tour et toutes les vidéos de mes surfeurs préférés. Je pense avoir aussi beaucoup appris en analysant ces vidéos.

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Visiblement Virgile s’est très vite adapté à nos beachbreaks

 

-Ton histoire à toi ressemble à un véritable scénario, le type quitte sa famille et son île natale pour faire sa vie, il arrive dans un endroit où il ne connait personne, un mec bien le repère et le prend sous son aile et son destin devient alors exceptionnel !

Oui en effet mon histoire n’est pas très commune. Très rapidement donc j’ai eu envie de vivre là où tout se passe, là où il y a des toccu* de vagues afin de pouvoir faire le maximum de compétitions et d’entraînements nécessaires pour ma progression. C’est pourquoi à 18 ans j’ai choisi de venir vivre dans les Landes pour passer mon BE à Soustons. J’habitais là-bas au début, et je devais sans cesse faire des aller-venus entre Soustons et le Hossegor Surf Club pour mes entraînements, du coup je surfais beaucoup plus ici. Un jour j’ai rencontré Patrick Beven avec qui je me suis rapidement lié d’amitié, il m’a pris sous son aile, et m’a invité à venir surfer avec lui lorsque c’était bon dans le coin. Il est alors un peu devenu mon mentor, il me filait des conseils et j’étais heureux de ne plus surfer seul du coup. Patrick m’a également hébergé chez lui le temps que je trouve un appart sur Hossegor, qui me rapprocherait de mon club, ce qui est aujourd’hui chose faite !

-Tu étais  l’outsider venu de nulle part lors du Winter Contest de Capbreton et tu as pourtant fait sensations, quels souvenirs gardes-tu de ta 1ère compét chez nous ?

En effet la 1ère étape du Winter Contest Tour  m’a permis d’évaluer mon niveau car je n’avais fait jusqu’ici en tout et pour tout, que 2 ou 3 compétitions chez moi en Corse, car il est très rare qu’il en soit organisé là-bas en fait. Je suis très content de mon résultat à Capbreton car il y avait vraiment un très bon niveau au niveau des engagés et je termine néanmoins en ¼ de finales, contre des surfeurs expérimentés comme Aldric God ou Nelson Cloarec. Il paraît même que dans ma série précédente, lors d’un barrel backside sur une jolie droite qui ouvre, je réalise le meilleur total du jour avec un truc du genre 8.13 pts, j’étais surpris mais hyper ravis. Malgré tout, je réalise que mon manque d’expérience en compétition m’a quand même handicapé et que j’ai encore beaucoup à apprendre afin de gérer mon temps et mon stress, mais en tout cas cela m’a beaucoup plu et je compte me battre dans les prochaines compétitions à venir…

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Le barrel qui marquera les esprits lors du WCT de Capbreton

 

-Surfistiquement** parlant, qu’est-ce qui t’as le plus frappé, par rapport à la Corse, ici dans les Landes ?

Ce qui m’a le plus surpris dans les Landes quand je suis arrivé c’est la marée, car chez moi je peux surfer toute la journée sur le même spot sans m’en préoccuper, ici il faut connaître les horaires et les spots qui fonctionnent le mieux au descendant ou au remontant. Le nombre de surfeurs à l’eau également est impressionnant, car en Corse il nous arrive de surfer seul sur un spot parfois, tant le surf n’est pas encore très reconnu ou à la mode. La quantité de débutants sur des spots assez pointus est aussi quelque chose d’assez inouï je trouve, quasi dangereux…

-As-tu rencontré quelques difficultés à maîtriser nos beachbreaks, toi qui avais plus l’habitude de surfer d’autres types de vagues à Ajaccio ?

Non je ne crois pas, en fait, je suis habitué à surfer des slabs et du reef en Corse, qui sont souvent des vagues assez creuses donc je me suis très vite adapté à vos beachbreak qui le sont également.

-J’imagine que tu as du repérer un peu le style des différents locaux lors de tes sessions, lesquels t’ont le plus marqué ?

A mon arrivée ici, les surfeurs qui m’ont le plus impressionné sont Patrick Beven, Micky Picon, Marc Lacomare et Joan Duru. Ils ont chacun un style de surf hyper beau et surtout bien radical.

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Dans le style radical et belle glisse Virgile tient également de jolies promesses

 

-A court terme puis à long terme, quels objectifs t’es-tu fixé ?

A court terme je voudrais faire le plus de compétitions possible, ce weekend arrive la seconde étape du Winter Contest Tour à Bidart, puis à la fin du mois j’irai participer aux Championnats des Landes à Mimizan et au mois d’avril il ya la fameuse Maïder Arosteguy à Biarritz aussi. A long terme, j’aimerai consacrer tout mon temps à l’entraînement et au coaching des jeunes, j’aimerais vraiment pouvoir un jour vivre de ma passion. Cette année il n’y avait plus de place pour le BE, j’ai donc passé mon BIF en attendant et j’engrange de l’expérience lors des différentes compétitions, mais dès l’an prochain je retente ma chance pour le Brevet d’Etat et j’espère que cette fois-ci sera la bonne !

-Sinon tu fais quoi quand tu ne surfes pas ?

En arrivant ici j’ai découvert le Jiu Jitsu Brésilien grâce à Yannick Beven et son frère à la Y.BJJ Academy de Capbreton. J’y consacre 4 soirées par semaine pour compléter mon entraînement de surf, je fais aussi du Yoga pour la respiration et la concentration.

-Merci Virgile de nous avoir consacré ce moment ensemble, je te laisse le mot de la fin et te souhaite le meilleur pour la suite de tes aventures…

Merci à toi Jeff de m’encourager et merci à XLMag, mon but est de vivre de ma passion et je remercie donc tous ceux qui m’aident pour cela, O’Neill, FCS, les frères Beven, le Hossegor Surf Club et Jérome Barets, Gregory Menager et Gwen Nuytten, ainsi que Raph de Yemanja Surf Shop et mes parents bien sûr !

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On retrouvera sans aucun doute Virgile très prochainement dans nos barrels Landais

 

 

*Mot qui existe à Ajaccio.

**Mot qui n’existe pas en France

 

Crédits photos : ©Jean-Marc Amoyal & ©Jeff Ruiz ((toute reproduction ou utilisation d’images sans autorisation est strictement interdite)